E liquide vanille, le vrai danger de la cigarette électronique ?

jeune avec cigarette electronique

E liquide vanille, le vrai danger de la cigarette électronique ?

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L’arôme vanille dans le e liquide un vrai danger pour les jeunes ?

Voici un titre plutôt surprenant, pourtant c’est en parti les conclusions que vient de rendre le magazine 60 millions de consommateurs. Ce dernier, a en effet étudié les e liquides utilisés dans les cigarettes électroniques. Bon disons le tout de suite, l’étude publiée le 26 décembre dernier par ce magazine a été très critiquée, autant sur la forme que sur le fond. Voici quelques éléments qui vont vous permettre de mieux comprendre pourquoi.

Après la cigarette électronique, une étude sur le e liquide

Le magazine 60 millions de consommateurs n’est pas à son premier coup d’essai. En effet, être le magazine de l’Institut National de la Consommation (INC) ne garantit pas pour autant une information digne de toute confiance. En Août 2013, l’INC s’était déjà illustré. Il avait créé la polémique en publiant une enquête dans son magazine 60 millions de consommateurs, sur la présence de substances cancérogènes dans la cigarette électronique. L’article expliquait même que les composés potentiellement cancérogènes étaient parfois en plus grande quantité dans les cigarettes électroniques que dans les cigarettes à base de tabac. Comme toutes les nouvelles chocs, l’article avait été abondamment relayé dans les médias. Mais en y regardant de plus près la pseudo « enquête » du magazine laissait les spécialistes de la question pour le moins sceptiques. En effet, l’INC n’apportait aucun détail sur le protocole scientifique utilisé pour déterminer la présence de substances cancérogènes. De plus, aucuns résultats bruts des mesures réalisées n’étaient disponibles. Pire, l’Institut ne prenait même pas la peine de contredire les publications scientifiques qui montraient des résultats bien différents, comme si ces dernières n’existaient pas.

Comment un institut aussi sérieux que l’INC peut-il alors faire paniquer près de deux millions d’utilisateurs de cigarette électronique qui essayent de sortir du tabac, en créant une polémique avec des éléments aussi pauvres ? C’est la question que beaucoup de professionnels se sont posé après la publication de cet article.C’est le cas du docteur Dominique Dupagne, médecin généraliste, qui y avait consacré un article sur son site santé Atoute.org .

Il y explique que la « charge contre la cigarette électronique » de l’INC, par l’intermédiaire de 60 millions de consommateurs,  était « idiote dans sa forme, infondée jusqu’à preuve du contraire et dangereuse pour la santé publique. » Dominique Dupagne en profite également pour rappeler qu’il y a un problème de liens d’intérêts entre 60 millions de consommateur et le Ministère des finances. En effet :

L’INC qui édite la revue 60 millions, est subventionné majoritairement par le ministère des finances qui nomme également ses administrateurs. Le Ministère des finances perçoit les taxes sur les ventes de tabac, en baisse en 2013 pour la première fois. Je n’accuse pas les journalistes d’avoir orienté leur travail, je constate simplement un conflit d’intérêt majeur et inacceptable, surtout pour un dossier qui a engagé des dépenses de recherche conséquentes.

Mais visiblement la polémique de l’an dernier n’a pas empêché le magazine de récidiver en proposant cette fois-ci une étude sur les e liquides le 26 décembre dernier. Il faut croire que l’INC prend goût à s’attaquer à la cigarette électronique. La revue c’est intéressée à l’étiquetage des e liquides et aux saveurs. Sur le premier point, le magazine souligne qu’il y a une meilleure maîtrise des processus de fabrication, ce qui permet de mieux informer sur la composition du e liquide, comme la teneur en nicotine, en propylène glycol et en glycérine. Néanmoins, il faudrait selon l’étude revoir la teneur en éthanol et les mises en gardes et contre-indications concernant les mineurs. Mais ce qui inquiète le plus la revue c’est la présence d’arômes de vanille dans la plupart des e liquides testés.

E liquide vanille, une passerelle vers l’addiction pour les jeunes ?

e liquide vanille cigarette electronique

Bien que surprenante la question a le mérite d’être posée par le magazine, qui explique avoir retrouvé dans plusieurs e liquides un arôme artificiel de vanille. C’est le cas notamment de nombreuses recharges au goût tabac. Ce qui fait dire à l’auteur de l’article : « Cet arôme vanille fortement apprécié par les jeunes consommateurs présente un risque de précipiter les jeunes vers de l’addiction« . Alors essayons d’en savoir un peu plus, car il ne suffit pas d’écrire une telle phrase pour en faire une vérité.

Nous avions consacré un article sur le sujet : la cigarette électronique rend-elle les jeunes accros à la nicotine ? Le point de départ de l’article était une enquête réalisée par l’Université de San Francisco sur la cigarette électronique. Près de 40 000 collégiens et lycéens avaient participé à l’étude, qui constatait que 20% des collégiens et 7% des lycéens qui avaient testé la cigarette électronique n’avaient jamais fumé avant. L’enquête montrait que la probabilité que ces jeunes testent ensuite une vraie cigarette était plus élevée que pour ceux qui n’avaient pas testé la e-cigarette. Lauren Dutra, qui a dirigé l’étude, concluait alors que l’e cigarette pouvait agir comme une passerelle vers la dépendance à la nicotine.

Cette interprétation des résultats a ensuite été largement contestée. En effet, selon Bertrand Dautzenberg, pneumologue et président de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT),  la proportion de non-fumeurs qui deviennent fumeurs après avoir essayé la e-cigarette est extrêmement faible. Du reste, les jeunes concernés sont « des essayeurs de tout, cannabis, chicha ou cigarettes parfumées« . Il est ainsi compliqué de prouver que sans la cigarette électronique ces jeunes ne se soient pas quand même tournés vers la cigarette et le tabac. De plus, l’article rappelle les travaux de Jean-Pol Tassin, chercheur en neurobiologie à l’Inserm, qui a démontré que la nicotine seule ne crée pas de dépendance. En effet, il faut l’associer à d’autres produits contenus dans la cigarette classique pour qu’une dépendance puisse se développer.

Il est donc exagéré de dire que les jeunes vont se « précipiter » vers une addiction à la nicotine en utilisant le e liquide vanille ou les autres recharges aux arômes vanille.

Une enquête sur le e liquide très orientée

recharges e liquide

En effet, comme pour beaucoup d’article sur le sujet de la cigarette électronique, celui de 60 millions de consommateurs est à charge. De grandes conclusions sont tirées à partir de résultats contestables et d’arguments relativement pauvres.

On ne peut pas voir systématiquement qu’une partie du problème et créer la polémique impunément. Soulever la question des saveurs e liquides (vanille, barbapapa, caramel) comme pouvant être attractives pour les jeunes est un vrai sujet. Il faut étudier le phénomène et si les résultats le confirme, encadrer les choses pour empêcher que des jeunes qui ne fument pas ne soient attirés par la cigarette électronique.

Mais pourquoi systématiquement allumer des mèches sans preuves, créer de la méfiance, faire peur et ne jamais évoquer le potentiel de la cigarette électronique ?

C’est notamment ce que regrette Jean-Yves Nau, journaliste et docteur en médecine, dans un article de son blog « Cigarette électronique : l’aveuglement persistant de 60 millions de consommateurs« , où il explique son incompréhension devant l’attitude de l’INC. Pourquoi refuser d’établir une perspective de santé publique alors qu’on sait que le tabac est responsable de 73 000 morts prématurées en France chaque année et que d’un autre côté « tout indique que la cigarette électronique est le meilleur des leviers pour lutter contre ce fléau » ?

Même si le recul manque sur les conséquences à long terme de l’utilisation de la cigarette électronique, tous les spécialistes s’accordent à dire qu’elle est très nettement moins nocive pour la santé que la cigarette. Jeter le trouble systématiquement sur la vape c’est risquer de limiter l’impact positif que pourrait avoir l’e-cigarette pour aider les fumeurs à sortir du tabac.

Dans le débat autour de la cigarette électronique il faut reconnaître que les personnes totalement neutres et objectives sont rares. D’un côté on trouve les membres du monde de la vape, utilisateurs et commerçants, qui ont intérêt de défendre la cigarette électronique, et de l’autre on trouve certains buralistes, les lobbyistes du tabac, les vendeurs d’autres substituts nicotiniques (patchs, gommes…) qui ont intérêt à combattre la cigarette électronique. Il faut bien dire que depuis quelques temps la voix des opposants et détracteurs de la cigarette électronique se fait de plus en plus entendre. Les médias, avides de sensationnel, ont leur part de responsabilité dans se déséquilibre. Le dicton bien connu « on ne parle jamais du train qui arrive à l’heure » a été largement vérifié et a même muté en une sorte de « plus c’est choc plus on en parle », poussant ainsi les chaînes et les sites d’informations en continu à la surenchère quotidienne pour draguer les réseaux sociaux et être les premiers à sortir l’info. Comme d’autres sujets, la cigarette électronique en a été particulièrement victime ces derniers mois. La fameuse déontologie journalistique a ainsi été bien écornée par des journaux pourtant réputées sérieux.

Lorsqu’on traite le sujet de la cigarette électronique, pourquoi prendre systématiquement le même angle ? trouver un juste équilibre entre risques encourus et bénéfices pour la santé correspondrait, déjà mieux à la réalité observée sur le terrain. Si les médecins commencent à conseiller à leur patient de passer à la e-cigarette pour arrêter de fumer, c’est que tout n’est peut-être pas à jeter dans la vape.

Voilà, espérons que le message soit entendu, et que les recherches scientifiques autour de la cigarette électronique puissent avancer sereinement, sans être régulièrement polluées par des polémiques infondées et stériles.

  • Yvon Novy

    L’article de 60 MDC

    Lundi soir, je me suis procuré le dernier n° de 60 Millions de consommateurs, qui fait tant débat depuis quelques jours.

    Après la publication d’un communiqué de presse, ou devrais-je dire, d’un teaser, polémique et racoleur du rédacteur en chef du magazine, lui même repris en boucle par nombre de médias, j’avais donc revêtu ma tenu de combat et m’étais équipé de mon armement lourd, pour entreprendre la lecture de cet article, prêt à la contre-attaque.
    Et là….ben pas grand chose. L’article y est finalement bien plus modéré que ne le laissait supposer le communiqué, repris, déformé et exagéré par nombre de publications, comme à leur habitude.

    Contrairement à ce que nous pouvions craindre à la lecture du communiqué de presse, cet article n’est pas à exclusivement à charge contre la cigarette électronique, et souligne les progrès réalisés, et même l’intérêt du produit pour l’aide au sevrage tabagique. Oh, bien sûr, le magazine nous ressort encore le sempiternel et éculé argument de la « théorie de la passerelle » ou « porte d’entrée » vers le tabac pour les ados….et à cause de quoi ? à cause de l’utilisation d’arômes vanille… Argument auquel, faut-il encore le rappeler, personne n’a encore apporté la moindre once de début d’élément de preuve pour l’étayer, contrairement à l’inverse.
    Il y a bien quelques imprécisions, quelques raccourcis faciles qui, à nous, vapoteurs confirmés nous sautent aux yeux comme des énormités, mais 60 MDC n’est pas un magazine spécialisé à destination exclusive des vapoteurs.
    L’article ne manque pas non plus de rappeler ses conclusions alarmistes de septembre 2013, histoire de ne pas perdre totalement la face, mais rien de tel cette fois.
    Contrairement à bien des affaires précédentes (Tsunami japonnais…), un fumeur, à la lecture de cet article n’est pas effrayé et renvoyé vers le tabac finalement plus « rassurant », mais est bien conforté si son choix est de franchir le pas de la cigarette électronique.
    On notera également la place laissée aux nombreuses citations et réponses de Brice Lepoutre, du Pr Dautzenberg, G. Mathern ou M. Hammoudi, tous globalement favorables à l’essor de la cigarette électronique.

    La seule question qui subsiste : Pourquoi 60 MDC se sent-il obligé de publier un communiqué de presse racoleur préalable à la sortie du magazine, et qui immanquablement fera polémique en évoquant principalement l’attractivité des arômes « barbapapa, bonbon caramel, chocolat-noisette » pour les jeunes, alors qu’on ne retrouve même pas ces parfums cités dans l’article ?
    Sans doute parce que leur objectif premier est sans doute plus de faire parler d’eux et de vendre du papier…avant d’informer !

    J’ai aussi trouvé cet article, publié par un site de vente (Absolut Vapor) qui, il faut le noter, prêche aussi pour sa paroisse en déplorant que sa marque de liquide favorite n’y soit pas citée ou testée, mais qui est globalement assez proche de mon avis sur cet article.

  • patrick

    Un article qui le mérite d’apporter une réponse équilibrée, nuancée et documentée à un article de 60 millions de consommateurs qui est une novelle fois à charge,a abusif et sans preuve valable.
    Voici un article bien plus sérieux sur le supposé danger de la cigarette electronique.