Malgré les polémiques, un grand nombre de médecins recommandent la cigarette électronique.

medecin et cigarette electronique

Malgré les polémiques, un grand nombre de médecins recommandent la cigarette électronique.

medecin et cigarette electroniqueLe phénomène de la cigarette électronique s’est installé bien au delà de la simple mode passagère que certains lui prédisait pourtant. Avec plus d’un million et demi de vapoteurs en France on peut même parler de succès populaire. Que l’on soit pour ou contre, il est désormais inutile de nier l’évidence, la e-cigarette est en train de s’installer sur le long terme. Face à ce constat, médias, politiques et professionnels de santé prennent régulièrement la parole.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les avis sont bien différents en fonction des interlocuteurs. Avec des discours aussi différents, une certaine confusion peut naître dans l’esprit de celui qui s’interroge sur ce moyen pour arrêter de fumer. Du scepticisme relayé par un certain nombre de médias et de politiques à la défense d’une partie des médecins qui recommandent la e-cigarette, voici un tour d’horizon des prises de position autour de la cigarette électronique.

1. E liquide et e-cigarette : Une couverture médiatique très clivée

Très vite, le phénomène e-cigarette qui a commencé il y a maintenant près de 5 ans en France, a suscité l’intérêt des médias.

Une présence médiatique forte sur le vapotage

Ce qui était tout à fait normal compte tenu de l’innovation que cela représentait pour un secteur où les nouveautés étaient, disons le, assez rares. Pour autant, depuis quelques mois les sujets sur la e-cigarette fleurissent dans les médias avec un rythme plus soutenu et des titres très polémiques. Il ne se passe pas un mois, voir une semaine, sans qu’une nouvelle annonce choc vienne rajouter à la confusion. Il faut le reconnaître, les médias, et encore plus quand ils sont sur le web, sont très friands d’annonces chocs et volontairement polémiques. Tout simplement parce que ce genre d’articles amènent davantage d’audience sur les sites et d’interactions (clics, likes, partages ou commentaires sur les réseaux sociaux).

Le problème est qu’en utilisant ces techniques, la qualité de l’information est souvent négligée. On obtient soit des articles très positifs relayant le potentiel très encourageant de la e-cigarette où des articles chocs, sur la dangerosité de la vape. Il faut bien reconnaître que c’est surtout cette dernière catégorie qui fonctionne le mieux pour attirer l’audience c’est pourquoi elle a été beaucoup plus présente ces derniers temps. On a ainsi pu voir des articles expliquant que la e-cigarette serait une passerelle vers le tabac pour le jeunes, que la cigarette électronique peut infecter nos ordinateurs de virus informatiques, que la e-cigarette pouvait exploser voir tuer son propriétaire ou encore à plusieurs reprises qu’elle serait même plus dangereuse que le tabac.

Désinformation et titres chocs : une image ternie

cigarette electronique et media
De nombreuses polémiques sur la e-cigarette, relayées massivement dans les médias.

Le phénomène est toujours le même, à la base une rumeur, un billet de blog, une enquête bâclée ou tout simplement mal interprétée et ensuite une grande partie des médias relaient l’information en utilisant des titres volontairement polémiques. On se souvient tous des titres « la cigarette électronique plus dangereuse que la cigarette » apparus en décembre dernier. Massivement relayée cette enquête a eu un effet très négatif sur l’image du vapotage. Pour autant, les jours qui ont suivi, les conclusions de cette même enquête ont été très largement dénoncées par les experts. En effet, le matériel utilisé pour l’expérience et la manière de vapoter ne correspondaient pas du tout aux standards. L’étude n’avait donc très peu d’intérêt scientifique. Malgré cela très peu de médias ont fait leur méa-culpa, laissant ainsi planer le doute sur la supposée dangerosité de la vapote.

En s’accumulant ces derniers temps, ce genre de polémiques a terni l’image de la vape en créant le doute. Un doute que les politiques et organisations, comme l’Organisation Mondiale de la Santé, alimentent régulièrement.

2. Des Politiques et organisations de santé très frileux

En effet, les démarches adoptées par la plupart des politiques et des organisations de santé vis à vis de la cigarette électronique ont été extrêmement frileuses. Pour ne pas dire, contre-productives.

Un discours politique incompréhensible vis à vis de la e-cigarette

Au moment de dévoiler son grand plan de lutte contre le tabagisme en septembre dernier, Marisol Touraine la ministre de la santé, a clairement sous exploité le levier cigarette électronique. Le seul point où la e-cigarette est mentionnée dans le plan, c’est précisément pour interdire son utilisation dans les lieux publics. Motif : il faut éviter que la e-cigarette ne devienne une porte d’entrée vers le tabagisme pour les jeunes. Or l’enquête annuelle réalisée par l’association Paris sans tabac sur un échantillon représentatif de 2% collégiens et lycéens de la capitale a justement démontré l’inverse.

Une politique inconpréhensible sur la e-cigarette et le e liquide
Une politique incompréhensible sur la e-cigarette et le e liquide © Maxppp

En effet, entre 2011 et 2014 le tabagisme chez les jeunes à baissé de 9% grâce essentiellement à l’apparition de la cigarette électronique qui a ringardisé la cigarette traditionnelle.

Alors une question simple nous interroge, pourquoi ne pas profiter de l’arriver sur le marché d’un substitut au tabac qui pour une fois semble avoir trouvé écho dans le grand public et ainsi utiliser ce levier pour proposer une alternative aux fumeurs ?

L’encadrement est une bonne chose, mais il faut surtout réfléchir comment exploiter au maximum les possibilités de ce nouvel outil qui a permis pour la première fois depuis 10 ans une baisse des ventes de cigarettes. Il est essentiel de ne pas tomber dans une frilosité excessive car elle aurait pour seul effet de stigmatiser, voir diaboliser, la e-cigarette alors que cette dernière pourrait aider un nombre considérable de fumeurs à sortir du tabac. Que dire alors de la volonté de la ministre d’interdire la publicité pour les cigarettes électroniques. Quel est l’objectif, faire en sorte qu’un minimum de fumeurs ne passent à la e-cigarette et qu’ils restent fidèles au tabac ?

Les mêmes politiques trop frileuses ont conduites la Suisse à interdire la vente de e liquide avec nicotine. Pour autant c’est précisément la présence de nicotine dans le eliquide qui permet à un certain nombre de fumeurs de réussir leur sevrage tabagique grâce à la vapoteuse. Ainsi le pourcentage de fumeurs qui se sont détournés du tabac au profit de la vapote a été beaucoup plus faible qu’en France. Concrètement, ce sont des gens qui sont restés fumeurs alors qu’ils auraient pu, grâce à la cigarette électronique, stopper le tabac. En terme de santé publique ce sont des choix extrêmement importants aux conséquences gigantesques sur le long terme.

Pourquoi alors s’entêter à reconduire des mesures qui n’ont pas montrer d’effets significatifs depuis 10 ans dans la lutte contre le tabac ? Publicités télévisées chocs, amélioration du remboursement des sevrages tabagiques sauf le plus populaire d’entre eux, la vape, et enfin vouloir imposer le paquet neutre de cigarette comme en Australie alors que son efficacité a été remise en cause. Alors que dans le même temps on sait très bien qu’une augmentation nette associée à un meilleur remboursement des substituts nicotiniques (y compris la cigarette électronique) serait le seul moyen efficace pour faire baisser le nombre de fumeurs. Quant on constate que le prix moyen d’un paquet de cigarettes en Australie est de 14 euros on se dit qu’il y a une marge de manœuvre conséquente en France pour augmenter le prix du paquet.

Evidemment une telle mesure serait impopulaire et serait un risque pour les élections à venir pour la majorité en place. Mais la santé publique n’est-elle pas le principal objectif dans cette histoire ? Alors pourquoi ne pas utiliser les leviers que l’on sait efficaces ? C’est aussi ça le courage en politique.

Les exagérations de l’OMS sur la cigarette électronique

rapport de l'oms sur la cigarette electronique
Le rapport de l’OMS très critiqué.

L’organisation mondiale de la santé a également fait parler d’elle en Août dernier en publiant un rapport sur la cigarette électronique et le e liquide qui suscite la polémique. L’organisation estimait que la e-cigarette représentait un « grave danger » pour l’adolescent et le fœtus. Très vite de nombreuses critiques se sont manifestées face à ce rapport jugé exagérément négatif. Pour beaucoup de spécialistes les conclusions du rapport avaient surévalué les risques et sous-estimé l’impact bénéfique que pourrait représenter la e-cigarette comme alternative au tabac.

Néanmoins, malgré les critiques qui se sont élevées les jours suivants, l’image de la vape et du e liquide a été encore une fois bien ternie par ce communiqué de l’OMS massivement relayé. Continuant ainsi à alimenter le doute autour de la vape. Pourtant, comment peut-on continuer à marginaliser un produit qui a contribué à faire baisser pour la première fois depuis des années la vente de tabac en France ? En effet, une étude révèle que sur l’année 2014, les ventes de tabac ont baissées de 5,3%. C’est dire que malgré les campagnes négatives que subit la vape, de nombreuses personnes lui ont fait confiance. Parmi ces personnes on retrouve paradoxalement des médecins qui sont de plus en plus nombreux à conseiller la cigarette électronique à leurs patients pour arrêter de fumer.

3. Malgré tout, les médecins recommandent la cigarette électronique

En effet, malgré les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) qui avait estimé en 2014, qu’en raison des incertitudes liées à sa dangerosité, les professionnels de santé ne pouvaient pas recommander la e-cigarette pour les patients souhaitant arrêter de fumer, la e-cigarette a toujours eu des défenseurs parmi le monde médical. Si dans un premier temps les voix des médecins expliquant l’impact positif que pouvait offrir ce nouveau substitut au tabac se faisaient assez rares, il semble aujourd’hui qu’ils soient de plus en plus nombreux à recommander la e-cigarette.

Des médecins précurseurs dans la défense de la e-cigarette

medecin défendant la cigarette électronique
Le professeur Bertrand DAUTZENBERG, l’un des grands défenseurs de la cigarette électronique

Parmi les professionnels de la santé, une des premières figure a avoir publiquement défendu la cigarette électronique est le Professeur Bertrand Dautzenberg. Pneumologue à l’hôpital Pitié-Salpêtrière à Paris et président de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT) il a également été chargé de réaliser, en mai 2013, un rapport sur la cigarette electronique pour la ministre de la Santé Marisol Touraine. Outre la nécessité d’encadrer la pratique du vapotage le médecin prend sa défense en insistant sur son impact positif pour arrêter de fumer.

« C’est clairement une réduction du risque pour un fumeur de passer de la vraie cigarette à la cigarette électronique, c’est donc un produit satisfaisant en terme de santé pour sortir du tabac ». Le Professeur Dautzenberg explique également dans ce rapport que l’utilisation de nicotine sous forme de e liquide est « un moyen propre de prendre de la nicotine » , précisément pour les gros fumeurs. Ce rapport a aidé le grand public à percevoir la e-cigarette comme une alternative crédible et bénéfique contre le tabac. Depuis, dans ses prises de position jusqu’à aujourd’hui, le médecin a toujours veillé à rééquilibrer le débat autour de la e-cigarette, en combattant les tentatives de diabolisation et en essayant de mettre en avant l’impact très important qu’elle pouvait avoir pour aider les fumeurs à sortir du tabac.

Quelques mois après la sorti de ce rapport d’autres médecins ont emboîté le pas du Professeur Dautzenberg pour défendre la ecigarette. Ainsi, dans un appel daté du 15 novembre 2013, cent médecins défendent la cigarette électronique. Ces médecins de tous horizons sont montés au créneau pour défendre le potentiel réel que pouvait représenter la ecigarette en terme de santé publique. Dans le texte la volonté est d’expliquer que tous les médecins doivent se sentir concerné car toutes les spécialités sont touchées par des patients victimes du tabac. Le message est simple : « les dangers de la cigarette électronique sont infiniment moindres que ceux liés au tabac ». L’objectif de cet appel est également de remettre le débat actuel sur la vapoteuse de e liquide dans le contexte des ravages du tabagisme. C’est pourquoi les médecins ont insisté : « s’il persiste des doutes et des débats sur la parfaite innocuité à long terme de certains de ses composants, ils doivent être confrontés à la certitude absolue de la dangerosité du tabac ».

L’appel a fait grand bruit dans un contexte où les institutions et professionnels de santé étaient restés assez frileux sur la cigarette électronique. Cette intervention assez isolée il y a plus de 2 ans a sans doute incité a faire évoluer les mentalités et en particulier dans le monde médical. En effet, dernièrement un sondage réalisée auprès de médecins, a démontré des résultats très révélateurs.

Un sondage révèle qu’un médecin sur deux recommande la cigarette électronique

medecin recommande la cigarette electronique
Des médecins recommandent la cigarette électronique à leurs patients pour arrêter de fumer.

L’information vient du Journal International de Médecine, qui par le biais de son site internet a réalisé un sondage entre le 25 janvier et le 10 février dernier. Durant ces 15 jours 600 médecins ont répondu à l’enquête. Evidemment cela ne représente pas l’ensemble de la profession mais c’est déjà une indication loin d’être anodine. La question était simple : Recommandez-vous la e-cigarette pour le sevrage tabagique ? Au vu des réponses, il semble que les médecins Français soient prêts à aller au-delà des préconisations de l’OMS et de la Haute Autorité de Santé. En effet, 47% des professionnels de santé interrogés expliquent qu’ils recommandent la e-cigarette à leurs patients qui souhaitent arrêter de fumer. L’étude montre également que la même proportion, 47% ne la recommandent pas, ce qui montre que le sujet divise toujours le monde médical.

Néanmoins, compte tenu des recommandations officielles, le fait que la moitié des médecins, ayant répondu à l’enquête, déclarent qu’ils vont au-delà de ces consignes pour recommander la e-cigarette est un signe fort. Car en faisant cela, ces médecins engagent leur responsabilité pour lutter contre le fléau du tabagisme. Cela confirme également que malgré la couverture médiatique et le discours des politiques et organisations, beaucoup de professionnels de santé partagent l’avis des experts et de leurs patients qui observent sur le terrain l’efficacité de la cigarette électronique pour se détourner du tabac.

Une chose est sûre, la cigarette électronique a dépassé le stade de la curiosité pour devenir un outil crédible pour les professionnels de santé. Qu’ils soient prudents ou qu’ils croient au potentiel de ce nouveau substitut, la question de la ecigarette n’est plus évité. Elle est maintenant devenue légitime et les argumentaires sont plus construits. Cela confirme donc le fossé qu’il y a entre la représentation de la vape faite dans les médias et par les politiques et son image sur le terrain par les professionnels de santé. Exaspérés par une prudence exagérée, certains médecins ont décidé de faire bouger les mentalités. Espérons que cet élan fasse également bouger les lignes à tous les niveaux pour que la santé publique soit la grande gagnante et non les intérêts personnels qu’ils soient politiques, médiatiques ou financiers.

  • Gérald

    Malgré les tentatives de dramatisation de ces derniers mois, on peut se réjouir qu’il y ait tout de même 3 millions de vapoteurs réguliers en France et que 400 000 d’entre eux ont réussi à arrêter définitivement le tabac (Source: les actualités télévisuelles de cette semaine). Il semble que ces polémiques excessives n’aient pas d’effet sur les vapoteurs. Mais elles dissuadent sans doute des milliers de fumeurs de troquer leur clope contre une cigarette électronique. Pour ce qui concerne les mesures politiques, on peut regretter que la ligne du gouvernement ne soit pas claire, ce qui est plutôt au détriment de la cigarette électronique et de ses utilisateurs. Je veux par exemple parler de la limitation du volume de réservoir à 2 ml et des flacons d’e-liquide à 10 ml ce printemps 2015, dans le cadre de l’application de la Directive européenne sur les produits du tabac. Peut-être que ces mesures seront abandonnées suite à la manifestation de l’AIDUCE le 15 mars. Mais on peut déjà être content que l’interdiction de la cigarette électronique dans les lieux publics n’ait pas été appliqué. Cette décision aurait créé un trouble confusion parmi les consommateurs et une véritable confusion entre la cigarette électronique et la cigarette à combustion.